Ernest est arrivé en même temps que Léo, ils étaient au même endroit, une ferme ou pleins de chats non domestiqués se trouvaient. Non castrés et non stérilisés ces chats se multipliaient de façon hallucinante. On avait trappé une 30ène de chats dans cette ferme, quelques-uns en mauvais état, d’autres un peu mieux. Mais tous avaient des vers et des parasites, affections qui sont heureusement vite soignables. Par je ne sais quel miracle ils étaient tous FIV négatifs (leucose féline), maladie qu’on appelle aussi dans le langage courant le sida des chats. 

 

Ernest était extrêmement beau, mais aussi extrêmement sauvage. Il était déjà bien plus vieux que les autres, il devait avoir autour des 5 - 6 ans. Sociabiliser un chat de cet âge est bien difficile, mais je m’étais dit que c’était possible. Il n’y avait aucune d’urgence, la patience serait mon alliée. 

 

Les 3 premiers mois Ernest se terrait dans les arbres à chats. Il sortait pour aller aux toilettes, (je n’ai jamais compris comment un chat aussi sauvage pouvait être aussi propre) pour manger (Ernest était un fin gourmet) et la nuit quand je dormais. Il aimait se mettre sur le canapé, les poils qu’il y laissait témoignaient de ses siestes canapé. 

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Pendant l’hiver 2021 Ernest commençait à sortir un peu de sa coquille. Toujours très anxieux, il commençait à venir regarder le soir ce que je faisais quand j’étais devant la télé. Il sortait de ses cachettes quand il m’entendait préparer le repas du soir. Il avait un bon contact avec les autres chats, Ernest avait l’habitude de vivre avec ses congénères.

 

Mais il gardait quand même bien ses distances. Je ne pouvais pas le toucher, il s’enfuyait dès que j’arrivais dans la pièce dans laquelle il était. Il aimait m’observer, mais à une distance de plusieurs mètres.

 

A un moment donné la question s’est posée si on devait le remettre en liberté. Je n’avais pas le sentiment que ce chat soit vraiment heureux chez moi, mais je n’étais pas certaine de ce que je percevais chez lui. 

 

Et Ernest n’a pas tardé à me donner sa réponse, une réponse claire et nette. 

 

Un matin du mois de mai je l’ai retrouvé derrière le filet que j’avais installé sur mon balcon. Je n’ai jamais su comment il a réussi à passer de l’autre côté, puisque le filet mesure 3mètres de haut et que je vis au 5ème étage.  

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Il n’est pas tombé du balcon. Cela dit, ça a quand même pris près de 2 heures pour qu’il soit à nouveau en sécurité, parce que je ne pouvais pas m’approcher de lui. S’il avait pris peur, il aurait sauté et se serait vautré en bas de l’immeuble. 

Donc j’ai dû le laisser se débrouiller tout seul. Mais Ernest étant un chat très intelligent, c’est ce qu’il a fait. Après différentes réflexions stratégiques de sa part, il a su revenir tout seul dans l’appartement. 

 

3 jours après je le relâchais dans sa ferme ou il avait vécu depuis sa naissance. 

Le mettre dans une caisse de transport a été d’une facilité impressionnante.

Je reste persuadée que Ernest savait que j’allais le ramener d’où il venait. 

Il m’a bien fait comprendre que sa liberté est primordiale. Tout le confort et toute la sécurité que je pouvais lui offrir était insuffisants par rapport à son besoin d’être libre, d’aller à sa guise et de ne dépendre de personne.

 

Ça n’a pas été facile pour moi de le relâcher, mais je peux tellement comprendre ce besoin de ne dépendre de personne, de se débrouiller quoi qu’il arrive et ne pas vouloir forcément l’aide des autres. Je peux aussi comprendre sa méfiance envers d’autres êtres vivants et le fait de ne pas vouloir s’adapter forcément à un mode de vie conventionnel. 

 

Les animaux que nous rencontrons sont nos miroirs. 

 

Je pense souvent à Ernest, j'ai des nouvelles de temps en temps.

Ernest m’a vraiment montré que la liberté de chacun d’entre nous est un besoin fondamental et légitime. Et que notre devoir et de le respecter.